Le changement climatique est un phénomène transcontinental d’origine humaine, qui amplifie les disparités existantes au sein des sociétés et entre les nations. Ses effets sont inégalement répartis. Leur poids retombe sur les groupes défavorisés, dont la situation s’en trouve aggravée. Les pays économiquement vulnérables et les populations marginalisées font déjà face à des difficultés liées à leur situation géographique, aux inégalités économiques, à l’origine ethnique, à l’âge, au genre et au statut social.
Cruel paradoxe de notre époque : ceux qui se sont industrialisés tôt ont le plus pollué, tandis que ceux qui vivaient de manière durable portent aujourd’hui le fardeau le plus lourd. La CCNUCC désigne les petits États insulaires en développement (PEID) et les pays les moins avancés (PMA) comme les plus
exposés au changement climatique. Ces pays disposent de moins de ressources pour s’adapter aux risques climatiques ou les atténuer, et leur situation géographique les rend plus vulnérables : ils subissent la montée des eaux et les phénomènes météorologiques extrêmes alors qu’ils n’y ont presque pas contribué. Les Maldives, par exemple, pourraient perdre 80 % de leur territoire d’ici 2100 à cause de l’élévation du niveau de la mer, bien qu’elles aient très peu contribué aux émissions.
Le changement climatique est aussi qualifié de multiplicateur de menaces, car il accentue les disparités socio-économiques, politiques et de genre. Il a fait reculer les efforts humanitaires de réduction de la pauvreté et creusé ainsi les inégalités économiques. Les déplacements dus au climat ont fait basculer des populations dans la pauvreté en les privant de leurs biens, de leurs revenus et de leur logement. Alors que ces déplacements ont provoqué une immense crise des réfugiés dans le monde, les États se montrent de plus en plus hostiles envers les réfugiés et les immigrés, ce qui empire la situation. Les pays économiquement plus faibles n’ont pas les moyens d’encaisser les chocs climatiques ni de s’en relever, d’où une asymétrie de développement. Les dérèglements météorologiques liés au climat, comme les inondations et les sécheresses, perturbent aussi l’approvisionnement alimentaire et font monter les prix des denrées, ce qui ajoute des difficultés économiques pour les
groupes défavorisés. Cette perturbation de la production alimentaire entraîne en outre une insécurité alimentaire et une pauvreté généralisées.
L’exposition aux aléas climatiques dépend aussi de la géographie et du métier exercé. Les communautés marginalisées sont contraintes de vivre dans des zones côtières de faible altitude et dans des plaines inondables séculaires, exposées aux aléas climatiques, ce qui les rend plus sujettes aux dégâts. Cette implantation tient aussi à leurs activités, principalement l’agriculture et la pêche. Les anomalies climatiques, comme l’irrégularité des pluies, la salinisation, la désertification ou la raréfaction des poissons due au réchauffement des océans, fragilisent encore ces activités de subsistance et aggravent leur détresse économique. Ces anomalies ont aussi réduit la quantité d’eau douce disponible pour la consommation et les usages humains. Faute d’eau douce, une grande partie de la population est contrainte de boire une eau insalubre, d’où une hausse des
maladies d’origine hydrique. Ce phénomène expose encore davantage les groupes défavorisés aux maladies liées au climat, comme la dengue, le paludisme et les pathologies dues à la chaleur. Comme ces personnes travaillent le plus souvent en extérieur, elles doivent le faire par fortes chaleurs, ce qui les expose aux coups de chaleur, à la déshydratation et à la détresse respiratoire. Si les pays développés, dotés de systèmes de santé plus solides, sont mieux armés pour faire face à ces problèmes, ils doivent y consacrer des ressources considérables, souvent au détriment des dépenses d’éducation et d’infrastructures. Pour les pays en développement, dont les infrastructures de santé sont insuffisantes et l’accès à celles-ci inégal, la situation est bien plus grave.
Par ailleurs, les voix et les points de vue des groupes défavorisés sont très souvent exclus de l’élaboration des politiques de lutte contre le changement climatique, si bien que ces politiques ne sont pas inclusives. Les communautés plus riches disposent de l’influence et des accès nécessaires pour obtenir des politiques avantageuses
qui légitiment l’usage des ressources pour se protéger, et laissent aux populations marginalisées moins de ressources. L’ODD 13, consacré à l’action climatique, est donc inextricablement lié à la réussite des autres objectifs de développement durable. Le changement climatique n’est pas seulement une catastrophe environnementale, mais
aussi une catastrophe économique, sociale et morale : il traverse les frontières et le temps. Ses répercussions vont à l’encontre de la réduction de la pauvreté (ODD 1), de l’accès à l’alimentation (ODD 2), de la santé (ODD 3) et de l’égalité des sexes (ODD 5). La lutte contre le changement climatique ne peut donc pas rester périphérique ; elle doit être placée
au centre de l’agenda mondial du développement. Des politiques d’adaptation et d’atténuation équitables et inclusives protégeront les pays en développement de dommages disproportionnés. Une justice climatique authentique exige que les émetteurs contribuent au financement de l’atténuation à proportion de leurs émissions, et que les pays en danger reçoivent les moyens nécessaires en technologies, en renforcement des capacités et en soutien institutionnel. La voie vers la durabilité ne passe pas par des efforts éparpillés, mais par une responsabilité partagée, où l’empathie rejoint l’économie et où le développement s’accorde avec la morale environnementale. Seule une approche aussi globale et humaine permettra à l’ODD 13 de dépasser les grands discours et de devenir un moteur de résilience planétaire et de dignité humaine.




