En 2022, les États ont consacré près de 1 500 milliards de dollars à soutenir les énergies fossiles, presque deux fois plus qu’un an plus tôt, selon l’inventaire conjoint de l’OCDE et de l’Agence internationale de l’énergie. La plus grande part a servi à faire baisser le prix payé par les consommateurs.

Le FMI va plus loin : en intégrant les coûts sanitaires et environnementaux que personne ne paie, il chiffre la facture réelle à 7 000 milliards de dollars, soit 7,1 % du produit mondial brut. Cette somme dépasse à elle seule le déficit annuel de financement des Objectifs de développement durable dans les pays en développement, que la CNUCED estime à 4 300 milliards de dollars. La pénurie n’est donc pas dans les caisses. Elle est dans les priorités.

Une épargne assise sur le mauvais continent

Le récit de la rareté cache un second malentendu, plus discret, qui concerne directement l’Afrique. En 2024, les transferts de fonds vers les pays à revenu faible et intermédiaire ont atteint 685 milliards de dollars, davantage que les investissements directs étrangers et l’aide publique au développement réunis. L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale comptent parmi les régions qui en dépendent le plus : ces flux y dépassent 4 % du PIB régional, contre moins de 1 % en moyenne mondiale. Pour des millions de familles, de Bouaké à Douala, ce sont des frais de scolarité payés, un toit réparé, une ordonnance honorée.

Ce chiffre ne raconte pourtant qu’une partie de l’histoire. Les quelque 140 millions de membres de la diaspora africaine épargnent en outre chaque année environ 53 milliards de dollars dans leur pays de résidence, selon une estimation de la Banque mondiale reprise par la Banque africaine de développement. Cet argent reste sur place, sur des comptes courants, des livrets et des contrats d’assurance, à des taux qui couvrent à peine l’inflation. Au même moment, à quelques milliers de kilomètres, un projet de reforestation dans le bassin du Congo ou une ferme solaire dans le nord ivoirien peine à réunir quelques millions de dollars de capital d’amorçage. L’argent existe. Il est simplement assis, en silence, sur le mauvais continent.

Un problème de canal

Pourquoi cet argent reste-t-il de l’autre côté de la Méditerranée ? La volonté est là ; c’est le canal qui manque. Un compte d’épargne ouvert dans le pays de résidence offre trois garanties qu’un projet vert ouest-africain réunit rarement : la liquidité, une monnaie stable et la protection implicite de l’État. Une PME de recyclage à Yaoundé ou une coopérative agrivoltaïque près de Korhogo peut être parfaitement rentable sur le papier ; elle porte pourtant seule le risque de change, le risque pays et l’absence de tout filet.

Le problème tient donc moins au rendement qu’au risque perçu, qu’aucun épargnant isolé n’a intérêt à porter seul.

Une plomberie qui a fait ses preuves

Cette plomberie existe déjà, et elle fonctionne. L’Éthiopie a ouvert la voie sur le continent dès 2008. En 2017, le Nigeria a levé 300 millions de dollars auprès de sa diaspora en une seule émission obligataire, souscrite à 130 %. Au Sénégal, la Banque de l’Habitat a placé en 2019 des « Diaspora Bonds » de 20 milliards de francs CFA pour financer l’accès au logement. La Côte d’Ivoire prépare aujourd’hui le même instrument. Le principe est simple : offrir à la diaspora un placement en monnaie locale, à rendement garanti, fléché vers des projets identifiés, et donner à cette épargne dormante une utilité chez elle plutôt qu’un taux dérisoire ailleurs.

Garantir le risque de change

Reste l’obstacle de la confiance et du risque de change. C’est précisément le rôle des mécanismes de garantie des banques multilatérales de développement : capitaux hybrides, garanties de l’Agence multilatérale de garantie des investissements. Ils peuvent absorber une partie du risque et rendre ces obligations vertes attractives sans exiger de taux prohibitifs. La Banque africaine de développement estime que l’Afrique pourrait lever jusqu’à 17 milliards de dollars par an en donnant en garantie ses recettes futures d’exportation ou de transferts de fonds. Et ce calcul laisse encore de côté les 53 milliards d’épargne qui dorment, eux, hors du continent.

Un choix, pas un constat

La transition ne souffre pas d’un déficit de capital. Elle souffre d’un déficit d’architecture. Tant que le monde continuera de subventionner sa propre combustion à hauteur de 1 500 milliards de dollars par an, tout en laissant dormir l’épargne de sa diaspora à des milliers de kilomètres de là où elle pourrait servir, la phrase « il n’y a pas d’argent pour le climat » restera ce qu’elle a toujours été : non pas un constat, mais un choix.