Et si la solution à la crise du logement venait d’un ancien fabricant de Lego ? Conçue pour de petits prototypes, des clips de câbles aux séparateurs de tiroirs, l’impression 3D se présente comme une candidate sérieuse pour révolutionner le secteur du logement.
Alors que la crise mondiale du logement s’aggrave, on a de plus en plus besoin de solutions de contournement innovantes. Dans les pays en développement, l’urbanisation rapide dépasse les capacités de construction, ce qui laisse des communautés vulnérables sans logement convenable. Ce problème concerne les ODD suivants : 1 (Pas de pauvreté), 11 (Villes et communautés durables) et, par ricochet, 8 (Travail décent et croissance économique).
Le logement imprimé en 3D peut marquer un tournant sur ces questions liées entre elles. Les plans sont créés numériquement, puis imprimés couche par couche avec des matériaux comme le béton, qui sert d’« encre » à l’imprimante. Les buses de la machine déposent ensuite la matière le long d’un tracé défini pour former des structures complètes (figure 1). Cette méthode automatisée accélère la construction de logements : certaines maisons entières sont imprimées en une journée à peine.
Effets positifs sur les ODD
Cette innovation supprime la liste longue et complexe d’outils, d’équipements spécialisés et d’ouvriers qu’exige la construction traditionnelle. Comme l’intervention humaine nécessaire est moindre, les travailleurs sont moins exposés aux tâches de chantier dangereuses. Cela réduit nettement un problème majeur du secteur, les accidents du travail, et améliore la santé et la sécurité sur les chantiers.
Comme il faut moins d’intervention humaine et moins de machines complexes, la durée des travaux diminue de façon spectaculaire. Les coûts de main-d’œuvre chutent ainsi d’environ 50 à 80 %, et les projets économisent en conséquence 35 à 50 % de leurs dépenses. Si construire une maison coûte moins cher, l’acheter coûte aussi beaucoup moins. Cette technologie rend donc le logement plus accessible que jamais.
Ce procédé additif est bien plus écologique que les méthodes concurrentes actuelles. Presque tout le matériau introduit est utilisé lors de l’impression. En limitant les déchets à éliminer, cette approche sert l’ODD 12 (Consommation et production responsables) grâce à un usage efficace des matériaux. Certains projets vont jusqu’à intégrer des sous-produits courants, comme des carreaux recyclés et des déchets de chantier, dans l’encre de l’imprimante afin de réduire encore les émissions de carbone. Ces conceptions écologiques encourageaient aussi l’emploi de ressources locales : au lieu de faire venir des matériaux de loin, on utilisait ceux qui se trouvaient près du chantier. La chaîne d’approvisionnement s’en trouve raccourcie et les émissions de CO2 liées au transport diminuent.
Effets négatifs sur les ODD
Le haut degré d’automatisation qui rend la construction de ces maisons plus efficace réduit fortement le nombre d’emplois dans le bâtiment. La technologie peut donc nuire aux travailleurs à faible revenu, qui représentent une grande part de la main-d’œuvre du secteur. En privant les populations locales d’emplois, elle risque d’aggraver la pauvreté. Or, quand la pauvreté augmente, le logement devient moins accessible financièrement. L’automatisation a donc des effets contradictoires au regard des ODD 1 et 8.
La complexité de conception de certaines structures peut compliquer leur déconstruction et leur recyclage, par rapport aux éléments standard, plus uniformes. La circularité des matériaux que l’impression 3D de maisons était censée encourager risque elle aussi de reculer. Les structures uniques que permettent ces imprimantes peuvent poser des problèmes de gestion des déchets à long terme. Cela va à l’encontre des ODD 11 et 12.
L’usage du ciment, que cette technologie encourage, fait l’objet d’une controverse liée à la crise environnementale : ses émissions de gaz à effet de serre sont considérables. Beaucoup de projets de logements imprimés en 3D reposent sur des matériaux à base de béton, dont la contribution à la pollution carbone fait débat, ce qui pose problème pour l’ODD 13 (Mesures relatives à la lutte contre les changements climatiques).
Cela dit, le béton est aujourd’hui très largement utilisé dans la construction. Comme il est solide et durable, on débat beaucoup de son bilan écologique réel. Un bâtiment capable de tenir plusieurs décennies n’a besoin d’être construit qu’une fois, alors qu’une version plus « respectueuse du climat » durerait moins de la moitié de ce temps. Parce que le béton offre la longévité au prix d’un coût carbone élevé, son impact environnemental reste discuté.
Étude de cas : la maison TECLA, en Italie
Un projet récent en Italie a été présenté comme une percée dans l’impression 3D durable. TECLA, pionnier de la technologie et de la construction en argile, s’est inspiré d’Les Villes invisibles et de son idée d’un environnement en croissance perpétuelle. Cette construction, conçue pour résister au changement climatique, est mobile : on peut facilement la démonter puis la reconstruire.
Construite avec des matériaux locaux (terre crue naturelle, balles de riz et eau), la maison TECLA a évité l’extraction et le transport de matériaux, une étape responsable de près de la moitié de la contribution énergétique totale d’un bâtiment. Imprimé en un peu plus d’une semaine, ce premier prototype grandeur nature a été réalisé avec l’imprimante 3D Crane WASP, dotée de deux bras robotisés synchronisés. Ces bras métalliques ont dépassé les limites des machines habituelles manœuvrées par l’homme et ont extrudé sans difficulté 150 km de terre. La maison TECLA comprenait deux volumes en forme de dôme reliés entre eux, faits de 350 couches d’argile superposées selon un motif ondulé (figure 2).
Cela fait partie de la conception innovante que permet le logement imprimé en 3D. L’ouverture circulaire du toit laissait entrer la lumière naturelle tout au long de la journée et améliorait la ventilation et la régulation de la température, tandis que les matériaux naturels renforçaient la stabilité des murs.
Les couches d’argile ondulées servaient de barrière thermique et de soutien structurel, ce qui donne une conception efficace et économe en énergie.
Le bâtiment se veut une solution de logement à bas coût. Le plus impressionnant est peut-être que les matériaux peuvent redevenir de la terre à la fin de la vie de la structure. Un « retour à la terre » au sens propre, qui limite les dommages pour l’environnement.
Le projet TECLA montre que l’impression 3D aide à intégrer avec succès des matériaux naturels dans la construction de logements, et qu’elle pourrait inspirer d’autres idées originales pour les futures maisons imprimées en 3D. Dans l’ensemble, il faut des méthodes de construction innovantes pour résoudre la crise du logement. Même si les questions de suppressions d’emplois et les débats sur l’intensité carbone demeurent, l’impression 3D se présente comme une candidate sérieuse pour rendre le logement beaucoup plus accessible et la construction beaucoup plus sûre.
Références :
[1] Abdalla, H., Fattah, K.P., Abdallah, M. et Tamimi, A.K. (2021) « Environmental Footprint and Economics of a Full-Scale 3D-Printed House », Sustainability, 13(21), p. 11978.
[2] Cole, D.R. et Baghi, Y. (2022) 3D Printed Sustainable Houses for Education [rapport]. Penrith : Western Sydney University.
[3] Hanifi, H. (2024) « Advantages and Challenges of 3D Printing Technology in Sustainable Construction Projects », Science, engineering & New Technologies, Hambourg, Allemagne, 11 juillet. [PDF] Disponible à l’adresse : (PDF) Advantages and Challenges of 3D Printing Technology in Sustainable Construction Projects (consulté le 19 décembre 2025).
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[5] Prasittisopin, L. (2024) « How 3D Printing Technology Makes Cities Smarter: A Review, Thematic Analysis, and Perspectives », Smart Cities, 7(6), pp. 3458–3488.
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[7] Tran, J. et Mansour, S. (2023) « Future for 3D Concrete Printing: Sustainability & Standards ». Materials Australia Magazine. SmartCrete CRC. [En ligne] Disponible à l’adresse : Future for 3D Concrete Printing: Sustainability & Standards – Smartcrete. (consulté le 20 décembre 2025).




