Malgré des progrès technologiques sans précédent, des millions de jeunes grandissent encore dans des environnements où les perspectives ne dépendent pas du talent, mais du genre, de l’origine ethnique, du handicap, du statut migratoire ou du milieu socio-économique. Les inégalités sociales continuent de déterminer qui réussit et qui peine. À mi-parcours de l’Agenda 2030, l’ODD 10 nous rappelle que réduire les inégalités n’est pas une aspiration lointaine : c’est le socle nécessaire de sociétés justes. Pour combler ces fractures, nous devons examiner les faits, comprendre les causes et agir à partir de solutions déjà à notre portée.

État des lieux des inégalités sociales : ce que montrent les données

Les inégalités sociales prennent de nombreuses formes, mais elles produisent toujours des chances inégales dans la vie. Les principaux indicateurs montrent jusqu’où vont ces fractures.

Éducation et accès au numérique

  • Éducation : le Global Education Monitoring Report 2024 de l’UNESCO confirme que 251 millions d’enfants et de jeunes ne sont toujours pas scolarisés dans le monde. La richesse est l’obstacle déterminant : selon le rapport de l’ONU sur les ODD, dans les pays à faible revenu, seuls 34 % des enfants issus des ménages les plus pauvres achèvent l’école primaire, contre 79 % pour les ménages les plus riches.
  • Fracture numérique : la fracture numérique aggrave encore cette inégalité. Selon l’UIT, 2,6 milliards de personnes n’ont toujours pas accès à Internet, ce qui coupe les jeunes de l’apprentissage, des réseaux professionnels et d’informations indispensables.

Emploi et mobilité sociale

  • Chômage des jeunes : le chômage des jeunes reste obstinément élevé. L’OIT indique que 64,9 millions de jeunes étaient au chômage en 2023. Plus frappant encore, un jeune sur cinq dans le monde (plus de 20 %) est classé parmi les NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), et deux tiers d’entre eux sont des jeunes femmes.
  • Sécurité de l’emploi : dans les pays à faible revenu, trois jeunes travailleurs sur quatre n’ont accès qu’à des emplois indépendants ou temporaires, peu sûrs.

Discriminations et exclusion

  • Handicap : selon le Disability and Development Report de l’ONU, environ 27 % seulement des personnes handicapées ont un emploi, contre environ 56 % des personnes sans handicap, un écart qui persiste même à niveau d’études et de compétences égal.
  • Groupes marginalisés : les jeunes LGBTQ+ déclarent des niveaux de détresse psychologique nettement plus élevés, liés à la stigmatisation, à la discrimination et à l’exclusion des dispositifs de soutien.

Ces disparités montrent que les inégalités ne sont pas seulement économiques : elles sont ancrées dans la façon dont les sociétés valorisent et intègrent les personnes.

Causes profondes : pourquoi les inégalités sociales persistent

Les inégalités sociales ne doivent rien au hasard : elles sont entretenues par des forces structurelles qui agissent de génération en génération.

  • Discriminations historiques et systémiques : les communautés qui ont connu la ségrégation, les déplacements forcés ou la colonisation ont encore aujourd’hui un accès réduit à une éducation de qualité, aux soins et à la représentation politique.
  • Obstacles institutionnels : même là où l’égalité devant la loi existe, des obstacles pratiques subsistent. Biais à l’embauche, environnements inaccessibles, barrières linguistiques et écoles manquant de moyens dressent des murs invisibles qui freinent la mobilité.
  • Accès inégal aux services : le lieu de vie des jeunes détermine souvent leur accès aux soins, à l’école, à la protection sociale ou aux outils numériques. Les communautés rurales, les quartiers informels et les zones qui accueillent des réfugiés sont particulièrement mal desservis.
  • Le cycle du privilège : les familles aisées transmettent leurs réseaux, leurs filets de sécurité et leurs opportunités. Les familles défavorisées héritent de l’instabilité. Sans intervention structurelle, ce cycle se perpétue.

Pourquoi les inégalités sociales comptent pour les jeunes

Ce sont les jeunes qui ressentent le plus durement les conséquences des inégalités. Lorsque certains groupes partent systématiquement de plus loin à cause de la discrimination, du handicap, des déplacements ou de la pauvreté, ils se heurtent à des obstacles plus lourds en matière d’éducation, d’emploi, de participation citoyenne, de santé mentale et de confiance dans les institutions. Une société ne peut pas réaliser tout son potentiel quand tant de jeunes voix restent inaudibles.

Ce qui fonctionne : des pistes vers l’égalité

Réduire les inégalités sociales exige des solutions systémiques qui vont au-delà d’une aide temporaire.

  • Éducation inclusive : bourses ciblées, programmes de tutorat, passerelles entre l’école et l’emploi, et accès universel au numérique grâce aux infrastructures publiques et à des programmes d’éducation au numérique.
  • Cadres de lutte contre les discriminations : protections juridiques solides, suivi des biais dans les recrutements et les admissions, et représentation des jeunes défavorisés dans les instances de décision.
  • Protection sociale accessible : couverture santé pour les familles à faible revenu, services inclusifs pour les personnes handicapées et aide à l’intégration des jeunes migrants et réfugiés.
  • Initiatives portées par les jeunes : mentorat entre pairs, programmes locaux de développement des compétences numériques et entrepreneuriales, et campagnes qui font entendre les voix marginalisées.

Conclusion

Les inégalités sociales sont l’un des défis déterminants de notre génération, mais elles ne sont pas une fatalité. En comprenant leurs racines, en reconnaissant leur réalité et en nous engageant dans une action inclusive, nous construisons un avenir plus juste, où l’identité d’un jeune ne limite jamais son horizon. Les jeunes ont le pouvoir de combler les fractures, d’influencer les politiques publiques et de bâtir des communautés qui donnent de la force à chaque voix. La réduction des inégalités commence par la prise de conscience et se poursuit par l’action collective.

Références